Les pantins

Qu’ils ont l’air ridicule Ces pantins désarticulés, Avec leurs têtes qui basculent et leurs pantalons troués. Un dernier regard apeuré De ne pouvoir sortir du tunnel Qui file contre vent et marée, Marre de leur battement d’ailes. Elle a chaviré, basculé Dans le néant vide de rien, Rien pour se rattraper, Happé par le monde souterrain.

La terre redevenue calme Me paraît soudain comme une toile D’art et niaise brisée par la lame De fond engloutissant la voile Des derniers naufragés Qui ne peuvent plus bouger. J’ai peur de ne pas les sauver, De leurs peurs retrouvées, Paralysés par la mort, A leur trousse Qui réclame leur sort, Allège ceux qui souffrent Ou se tordent de douleur. Leur vie sur un fil, Ils attirent le malheur.

A l’heure de prendre la file, Attente pour le purgatoire, Pour purger leur peine, Leur chagrin en déambulatoire, L’ambulance les emporte de la scène. Haine de les laisser s’enfuir En laissant ces passants Sans histoires à se dire Ou taire la vue de ce sang.

Sans qui ils n’auraient pas l’air ridicule Ces pantins désarticulés. Pas un n’a pensé faire la bascule, Maintenant leurs pantalons sont troués.

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