Lettre à Stéphane de Groodt (10)

Mon maître, mon gourou, mon Groodt,

Presque une année que je voyage (sans retour ?) en Absurdie à la quête du G et je vais finir par me demander s'il ne s'agit pas d'une mite. En effet, il y a des trous dans mon parcours, des manques dans ma page blanche, des traces d'existence mais pourtant le G ne montre pas le bout de son nez.

Ma dernière lettre me laissait pantoise sur la grande roue en découvrant, une fois n'est pas coutume mais plusieurs fois devient ma tradition, que je m'étais encore endormie dans un endroit parti-cu-lier. Il n'est pas rare de partir culs-liés mais, dans notre cas, il serait bien d'en venir aux mains-liées d'abord. D'âges différents, un peu, de culture différente, certes, d'opinions différentes, ça reste à prouver, que nous ne sommes pas de la même planète, est-ce possible...

Un rien me sépare de ma quête : le lien avec mon chien. Souvenez-vous (lettre n°8), mon cavalier KC ! Tellement cassé, je l'ai trouvé sur le bord de l'autoroute des vacances, sans doute un jour de chance (pour lui !). J'avais le ciel à portée de main mais je me suis retrouvée avec le chien à porter chez le véto. Depuis, c'est une belle histoire. Nous partons de bon matin, nous partons sur les chemins, à bicyclette. Ensuite nous allons faire un tour du côté de chez Albert (Swann est fermé pour les vacances), à la guinguette Déspé-rance. Il faut dire que son stock d'alcool date de la prohibition ! Il ne vit ni d'amour, nid vide, ni d'eau fraîche depuis que sa cruche s'est cassée alors qu'elle était pleine et pas que d'espérance...

Mais je continue le fil Ariane de la rivière Ascaride. A mon passage, elle se déride et je vois, horrifiée, que je me flétrie. Tiens, j'ai vraiment une sale tête ! Heureusement, il ne s'agit que de mon reflet dans l'eau. Ouf, un répit, un sursis, une remise de peine de 10 ans pour bonne conduite ! J'ai encore tous mes points de suture sur mon permis de conduite esthétique.

Et comme je n'ai pas l'intention de virer ma cutie pendant une cuite, je n'irais pas voir Cathy, qui m'a quittée, mais guetter Guetta dans le ghetto du gotha. Un homme, un vr..., heu, un homme, comme lui, doit avoir suffisamment de relations extra-con..., heu de relations professionnelles, pour avoir le bras long, en plus des cheveux, et me permettre de pénétrer le royaume interdit, enfin entrer dans un club branché sur courant alternatif.

Pas simple la vie d'artiste, de nomade, de réfugiée politique. Je suis à une fois deux doigts de m'exiler en Belgique ! Peut-être que cela me redonnera la frite (j'ai déjà la moule !). Avoir la patate avant la mise en bière n'est pas une figure de style mais un style de vie. Il ne faut jamais dire Anvers -et contre tous, je ne boirais jamais de bière Bokkereyer sans faire ma prière d'soif !

Sur ce, je vais me faire une petite descente du lit, puis de l'escalier, puis du palier, puis de l'allée Louïa, puis du cafetier, puis de la brassée coulée, puis du porte-monnaie, puis ... j'peux pas remonter, je suis au fond du puits...

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