A vos mouchoirs...

Je préviens : ce n'est pas dans mon style d'écriture habituel ...

A lire en écoutant "the Curse" d'Agnès Obel : http://www.deezer.com/profile/7499193/playlists

ou "Come home" de One Republic :http://www.deezer.com/artist/74398

Elle s'approchait trop près du bord quand il surgit dans son ombre. Il l'effleura pour ne pas la surprendre mais son regard noyé fût choqué. Sa pâleur cadavérique avait remplacé le teint rosé de sa dulcinée. Elle voulu émettre un son qui ressembla à un gémissement.

-"Donnes-moi ta main" dit-il en tendant la sienne.

Elle regarda en bas et ses yeux bleus fixèrent les tourments des vagues qui se déchiraient à ses pieds. Les flots rugissants chantaient une cruelle mélodie empreinte de complaintes et de murmures incertains. Une ritournelle qui se répétait comme une prière oubliée et qui invitait à la rejoindre. Le mouvement des vagues la berçait et l'attirait.

La fine pluie caressait leurs visages perdus. Lui fixant sa belle, le souffle suspendu à ses mouvements ; elle fixant les rochers. Quelques secondes où le temps sembla s'être arrêté lui parurent une interminable et douloureuse éternité. Plus rien n'avait d'importance que de la retenir contre lui, malgré tout, malgré les paroles, malgré les regards, malgré l'épreuve et sa finalité...

-"Je suis là pour toi, jusqu'au bout."

-"Je t'aime"... murmura-t-elle, sentant ses jambes fléchir.

Toute forme de résistance ou de force l'avait abandonnée au sommet de la falaise. Son corps douloureux et déformé par la maladie refusait désormais de lui obéir. Il vit dans ses yeux qu'elle était sereine, soulagée de partir, de ne plus souffrir. Il relâcha la pression et sentit sa main froide glisser dans la sienne.

Elle était morte avant de toucher le sol humide de la prairie sur lequel il étendit son corps frêle. Après l'enterrement, il reviendrait avec son jeune fils planter un arbre de Judée qu'elle aimait tant. Comme un gardien de son âme évaporée mais aussi comme un témoin de son amour de la nature, de la belle vie qu'elle eue et des racines qu'elle laissa sur cette terre.

De nombreuses années plus tard, alors qu'il était très âgé et que l'érosion de la côte menaçait l'arbre magnifique, il se rendit sur place pour dire adieu à sa terre. Alors qu'il sentait, à son tour, ses dernières forces le lâcher, le sol se mit à trembler et les racines de l'arbre s'écartèrent sous ses yeux ébahis. Il put s'avancer dans le tronc qui se referma derrière lui. Dans la nuit, le sol se déroba et chuta au pied de la falaise, emportant l'arbre et l'amour de deux êtres séparés trop tôt. Les flots engloutirent leur souvenir. Mais au printemps, quand les vagues s'approchent de la falaise, on entend comme un murmure incertain, un murmure qui dirait "je t'aime"...

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