Tiré par les pieds

Je me promenais dans la rue, j'avais envie de ne pas parler à n'importe qui. Heureusement tu t'es pointé le bout du nez caché dans le col de montagne. Tu m'as demandé sur qui je pouvais compter. J'ai répondu mes godillots défoncés pourtant achetés soldés. Ils ont parcouru du chemin, ils ont tenu la distance, et je les hais d'être pourris mais j'les aime encore. Ils ont vu du pays, ils ont traversé des routes et des rivières, ils m'ont supporté tant et tant, malgré les épreuves ils sont toujours là.

Heureusement que nous ne sommes que bipèdes. Imaginez-vous chaussés de 4 grôles trop drôles, de godasses pour bidasses, d'espadrilles en résille (en bas), de claquettes pipelettes, d'escarpins en pot de vin, de tennis à laquettes, de bottes trop hautes, de spartiates toutes plates, de cuissardes pour le hard, de ballerines en verrine, de sabots de Lorraine pas très beaux, de babouches sans Dora, ... "Il n'est déjà pas évident de trouver son bonheur pour 2 panards, alors quelle panade pour 4 petons !" se dit Suzon.

Je suis bien aise d'être droite sur mes 2 beaux pieds (à préférer au pied-bot !). Ils ne sont ni du mont, ni d'estal, mes pieds, ils sont du sud-ouest. Ils ne courent pas comme Forrest, ils ne sautent pas comme Mickaël Jordan, ils ne sont pas grecques non plus, "ni-kelés", ni pelés, ... mais ils ont le mérite de former une belle paire ! Comme l'un ne va nul part sans l'autre et vice-versa, je les promène sur des kilomètres, je les traîne sur tous les terrains, je les motive à me supporter jour après jour pendant des heures, je les tire hors du lit pour les faire bosser avec une si faible contrepartie. Je les réchauffe quand ils ont froid, je les nourris quand ils crient "halte à la corne" et pourtant, on dit toujours "une vie de chien", mais finalement on devrait plutôt évoquer "une vie de pieds !"

Pour cette ode à nos pieds, vite prenons notre pied tant qu'il est encore temps !

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