Etat d'urgence

Colère du ciel, fureur de la terre, les éléments nous démontent la tête à l’envers et contre tout ce que l’on tient. Contient la nuit, traverse la pluie, lune qui luit n’est pas paradis quand le soleil brûle nos peaux d’étourdis. Qui dit pot de terre contre pluie d’enfer, le conte n’est pas fini ; aux tréfonds de l’oubli on perd ce qui nous uni.

Ni nous, ni eux, debouts, heureux, quand à la fin on aura traversé le désert de la peur comme des chiens. Rien, ici et là-bas, même combat sous le même ciel, pour un peu de répit comme un geste d’amnistie. L’arme tire, la vie se retire, un ange passe, la république trépasse, des soldats de plomb dans le silence ébahis.

Ebats rapprochés, état de choc, combats inégaux, état dans le chaos, quand les religieux ont fermé les yeux. Dans les cieux quelques lumières éclaboussent, quelques volutes, la fumée se dissipe jusqu’au bout de la vie. L’eau croupie ne se retire jamais tout à fait et s’infiltre dans nos tourments ; ô Marianne tes enfants sont salis.

Si ici bas tu les envies, ta vue est troublée par les vapeurs dissimilées dans les méandres de tes vœux. Veux-tu abrutir nos pensées par l’infini de l’au-delà qui ferait oublier la saveur des saisons en sursis ? Sur ce, le monde modeste se rappelle de l’humain quand l’humain immonde ne voit pas au-delà de lui.

Au-delà de la vie, nos faux-fuyants affichés et nos vraies croyances égarées nous perdent dans le néant. Géant de glace aux pieds brûlés s’effondre de mille éclats dans le fracas de nos silences restés sur le parvis. Par vie j’entends, je respire, je perçois et j’éprouve, laissant ma haine s’écouler dans le caniveau des immondices.

Ils m’ont dit que nos braises glacées d’effroi n’en finiraient plus de tournoyer dans nos antres en dansant. Sans écouter le son de la raison, les pantins manipulés ne savent pas comment exister dans la vraie vie. Visages emmêlés de peur, ils préfèrent clore leurs yeux, murer leurs cœurs, sentir le froid en leur bâti.

Bâtir l’avenir, battre le fer ; c’est froid le fer comme du métal dans le sang, comme la mort qui voudrait t’entourer. Autour de rien quand les effluves nauséabondes nous font tourner la tête mais que l’horreur interpelle la patrie. A partir d’ici l’honneur dénudée revendique sa vertu et avance tête haute de connaître son ennemi.

Haine jetée en pâture, dans la boue séchée de nos pavés entassés, des larmes sur les joues, les poings serrés. Celle qui se rappelle à notre souvenir lorsque l’on trébuche ne savourera pas sa victoire face à nos milices. Si lisses soit nos images, nos mémoires ne sont pas sages et ne veulent plus rester là à gémir.

J’aime ce pays où nous pouvons chanter, danser, nous embrasser quelque soit notre religion. Les légions démoniaques pensent encore avancer ; à nous de les rendre démunies. Munis de nos têtes levées, de notre soif de vivre car personne ne peut nous rendre soumis.

Mais si le peuple gronde, le tonnerre avancera et frappera sans plus aucune illusion. La fusion des esprits devient dangereuse quand la colère monte silencieuse et s’ourdie.

Nous sommes en suspend, nos vies en attente… à l’Etat d’urger !

Dédicace à Benjamin Régnier pour ce magnifique dessin...

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